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Lait français : le mauvais coup du Conseil d'Etat

Figurez-vous que le 10 mars dernier, le Conseil d'Etat a jugé "illégal d’imposer l’étiquetage géographique du lait car il n’y a pas de lien avéré entre son origine (..) et ses propriétés"


Retour sur une décision aussi aberrante qu'indigeste.




Reprenons les faits


- 2016 : année noire pour les agriculteurs dont le revenu chute d'en moyenne 21%


- toujours 2016 : le Premier ministre décide d'une mesure expérimentale : rendre la mention d'origine obligatoire sur les bouteilles de lait et les produits composés à plus de 50% de lait. Durée de l'expérimentation : 2 ans


- 2018 : Lactalis demande l'annulation de la mesure (par ailleurs prolongée jusqu'à fin 2021)


- mars 2021 : le Conseil d'Etat juge "illégal d’imposer l’étiquetage géographique du lait car il n’y a pas de lien avéré entre son origine (..) et ses propriétés."



Une décision absurde


Absurde, car elle prend le contre-pied du principe même des appellations d'origine. Suivant cette logique, on pourrait faire du Comté avec du lait de vaches hongroises et du Roquefort avec du lait de brebis écossaises.


Absurde, car ce sont notamment nos appellations d'origine qui ont permis, même avec dérives, de défendre la spécificité de notre gastronomie. Gastronomie reconnue au passage patrimoine immatériel de l'Humanité de l'UNESCO, grâce justement à ses territoires et ses spécificités.


Absurde, car le lait est une matière tellement délicate qu'on sent même sa différence en fonction des saisons. Pensez au Cantal de Noël, réalisé avec du bon lait bien gras au début de l'automne, quand la pluie se remet à tomber et que l'herbe reprend vigueur.



Une décision indigeste


Indigeste, car elle met en concurrence directe les producteurs français avec certains copains de l'UE et de nombreux autres copains du reste du monde, dont les coûts de production ne sont pas comparables.

Or, les coûts de production de nos producteurs ne sont pas supérieurs parce qu'ils seraient plus mauvais gestionnaires que les autres copains (qu'on aime par ailleurs hein). Mais notamment parce que notre "petit" territoire est fait de "petits" paysages qui ne permettent pas de "grandes" fermes, pour faire de "grandes" économies d'échelle.


Indigeste, car on prend le consommateur pour un crétin des Alpes (appellation d'origine non contrôlée, nullement liée à aucun territoire). D'un côté, on communique à coup de renforts publicitaires sur une belle laitière rassurante. De l'autre côté, on achète ce même lait de la belle laitière rassurante via des systèmes de production toujours plus intensifs et nocifs. Mais soyez tranquilles, sera mentionné sur l'emballage "conditionné en France".


Indigeste, car au final, c'est un boulevard pour renforcer les grandes coopératives laitières et leurs résultats financiers.



Alors oui, le Conseil d'Etat juge en droit et non "en politique". Et apparemment le plaidoyer porté par le ministère de l'Agriculture ne démontrait pas le lien entre produit et territoire. Et oui, le ministère pourra à nouveau défendre l'idée en l'argumentant mieux.

Mais malgré tout. Une aberration difficile à avaler.


Marie, furibarde en cette rentrée qu'on souhaiterait tous douce et solidaire