Et si "Consommez local coûte-t-il plus cher ?" n'était pas la bonne question ?


La rentrée, comme le 1er janvier, c'est l'occasion de bonnes résolutions pour une vie plus simple, joyeuse, saine, pétillante, épanouissante etc.* Parmi ces bonnes résolutions, l'envie de consommer local ou de renforcer cette habitude vous taraude peut-être. Sauf que voilà, la rentrée, trimballe souvent la question financière et l'alimentation est LE budget d'arbitrage** face à des réalités contraignantes, ennuyeuses, moroses ***.


On pourrait donc plier l'affaire et se dire que, ils sont bien gentils chez Anselme, mais voilà ...


Sauf que non.





Car "Consommer local coûte-t-il plus cher ?" n'est pas la bonne question (et donc plier bagages pas forcément la bonne réponse). Pour vous en convaincre, on va faire comme à l'école (rentrée oblige ...) et relire les termes de l'énoncé. Qui contient deux mots clés "coûte" et "plus".


Commençons par le "Plus". "Plus" induit une comparaison. Encore faut-il savoir ce que l'on compare. Or, grandir avec une maman professeur de physique vous enseigne une chose : tout est question de référentiel.

Consommer local coûte plus cher que quoi ? Que lorsqu'on fait ses courses en magasin discount ? Que lorsqu'on fait ses courses un peu chaque jour, là où l'on se trouve lorsque l'idée du repas a germé ? Que lorsqu'on fait ses courses en achetant des produits labellisés (le local n'ayant pas de label) ?

Bref, vous avez compris, le ver est dans le fruit et la question ne vaut plus.


Deuxième mot clé : coût. Quelle est l'acception du verbe "coûte" ? En clair, que met-on dans ce mot ?

S'il s'agit du coût pour le porte-monnaie, on vous renvoie au paragraphe précédent. Mais surtout, on omet souvent les coûts indirects, individuels et collectifs.

Le premier, le plus évident, est le coût social. En consommant local, on favorise des emplois locaux et on "investit" indirectement dans notre système social (même si en maraîchage beaucoup d'emplois sont saisonniers et pourvus par des ressortissants européens - on vous renvoie vers l'excellent article de la revue XXI à ce sujet ***).

Deuxième coût indirect : la santé individuelle et collective. Le gros de la consommation locale se porte sur les fruits et les légumes. Fruits et légumes récoltés frais et à maturité (puisque moins de temps de transport à anticiper). Or, on connaît tous l'antienne "Mangez 5 fruits & légumes frais par jour". Donc acheter local nous "force" dans cette direction, salutaire pour chacun et pour la Sécu ;)

3ème coût indirect : l'impact environnemental. Soyons clair : à ce jour, aucune étude de référence ne démontre un impact positif de la consommation locale sur l'environnement (notamment à cause du transport). Cela dit, même pour l'import par bateau dont le transport est économe en rejet de CO2, il faut bien apporter les marchandises au port et clairement cela ne se fait pas à dos d'âne. D'autre part, les systèmes de consommation locaux sont souvent associés à des systèmes de production plus vertueux (ça, c'est le constat empirique Anselme).


Donc pour résumer, la question "Consommer local coûte-t-il plus cher ?" n'est pas la bonne, car tout dépend du référentiel dans lequel on se situe et du coût que l'on souhaite mesurer. La bonne question serait peut-être "Pourquoi les prix de la consommation locale sont-ils des prix justes ?".


A cela, on propose des pistes de réflexion dans la lettre de la semaine prochaine. Et si cette petite cogitation de rentrée vous inspire ou vous fait réagir, écrivez-nous : on aime bien avoir du grain à moudre :)


L'équipe d'Anselme, preneuse de palabres et de débats éclairés


* Rayez les mentions inutiles si vous le souhaitez, nous on n'a pas réussi ;)

** INSEE, 2015, https://www.insee.fr/fr/statistiques/1379769

*** Là, on voudrait qu'elles soient toutes inutiles ces mentions ...

**** https://reporterre.net/Comment-en-est-on-arrive-a-faire-ramasser-nos-radis-par-des-etrangers-venus-en-car-ou-en

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